Tiré d'un texte de Noëlle Perez-Christiaens. Après de nombreuses années de travail avec B.K.S. Iyengar, Noelle s'est attachée, avec succès, grâce à sa grande expérience et à sa longue pratique du yoga, à expliciter la pensée et l'enseignement du Maître, en les traduisant en images et en termes familiers aux Occidentaux.
"Quand nous avons travaillé sérieusement avec B.K.S. Iyengar, stimulés par le ton ferme de ses ordres, nous pensons toujours qu’il faut durcir, devenir rigide pour travailler fort… c’est tout l’inverse : avec de la rigidité et des efforts avec des muscles durs, nous ne pouvons faire aucun progrès physiquement et à plus forte raison en profondeur, parce que cette dureté même obstrue la malléabilité de l’attention et que la souffrance qu’elle induit ferme la compréhension. Attention, les articulations forcées peuvent sauter hors de leur loge ! Pourquoi retenons-nous chez B.K.S. Iyengar le ton dur, rigide, cinglant, en oubliant complètement sa douceur, la suavité de ses mains et ses recommandations successives de sagesse et de profondeur. En durcissant tout, nous fermons le chemin de la compréhension, celui qui descend en profondeur. « Ecoutez le son du corps quand il travaille : c’est le corps qui dirige l’esprit » disait-il souvent. « Le son du corps » : geint-il, lutte-t-il ou est-il paisible, équilibré, heureux et épanoui ? On ne peut se construire et à plus forte raison se reconstruire que dans la paix, la sérénité, l’épanouissement. Mais cela ne veut pas dire avachissement, mollesse ou fadeur : « nous avons oublié l’éducation même de notre corps et maintenant nous voudrions quelque chose de plus d’au-delà », dit-il en se moquant de nous. Education ne signifie ni cravache, ni laisser-aller ; tous les parents savent que l’éducation d’un enfant demande beaucoup de temps, de patience, d’efforts, de persévérance, d’intelligence. Et le maître précise : « Quand le corps est doux et léger, la pose est correcte. Dureté et poids : la pose est fausse. L’étirement total est légèreté et douceur ; il signifie une totale prise de conscience ».
"Quand nous avons travaillé sérieusement avec B.K.S. Iyengar, stimulés par le ton ferme de ses ordres, nous pensons toujours qu’il faut durcir, devenir rigide pour travailler fort… c’est tout l’inverse : avec de la rigidité et des efforts avec des muscles durs, nous ne pouvons faire aucun progrès physiquement et à plus forte raison en profondeur, parce que cette dureté même obstrue la malléabilité de l’attention et que la souffrance qu’elle induit ferme la compréhension. Attention, les articulations forcées peuvent sauter hors de leur loge ! Pourquoi retenons-nous chez B.K.S. Iyengar le ton dur, rigide, cinglant, en oubliant complètement sa douceur, la suavité de ses mains et ses recommandations successives de sagesse et de profondeur. En durcissant tout, nous fermons le chemin de la compréhension, celui qui descend en profondeur. « Ecoutez le son du corps quand il travaille : c’est le corps qui dirige l’esprit » disait-il souvent. « Le son du corps » : geint-il, lutte-t-il ou est-il paisible, équilibré, heureux et épanoui ? On ne peut se construire et à plus forte raison se reconstruire que dans la paix, la sérénité, l’épanouissement. Mais cela ne veut pas dire avachissement, mollesse ou fadeur : « nous avons oublié l’éducation même de notre corps et maintenant nous voudrions quelque chose de plus d’au-delà », dit-il en se moquant de nous. Education ne signifie ni cravache, ni laisser-aller ; tous les parents savent que l’éducation d’un enfant demande beaucoup de temps, de patience, d’efforts, de persévérance, d’intelligence. Et le maître précise : « Quand le corps est doux et léger, la pose est correcte. Dureté et poids : la pose est fausse. L’étirement total est légèreté et douceur ; il signifie une totale prise de conscience ».
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« Travaillez là ou cela ne fonctionne pas ; voyez où cela ne bouge pas ; tout ce qui est dur dans le corps doit être rendu moelleux ». Il y a deux raisons à la rigidité ; la première est la constitution de certains d’entre nous et la seconde est de croire qu’il faut durcir au lieu d’étirer. La constitution, personne ne peut aller contre sous peine de forcer, de coincer et de casser. Mais sur la seconde nous pouvons apprendre à jouer et quand on a ôté toutes les crispations, - nous pouvons aller à fond, jusque là où notre constitution le permet. Et cela demande une concentration et un travail tout en finesse qui remplace avantageusement l’art de tout durcir et de tout casser que nous croyions devoir nous imposer sous prétexte de yoga ! Dans une articulation, durcir rétrécit l’espace entre les os, c’est pourquoi B.K.S. Iyengar recommandait « créez de l’espace », mais peut-on créer de l’espace en tirant ? Non, on ne peut le faire qu’en relaxant, alors tout seuls, les os de l’articulation s’écartent l’un de l’autre. L’étirement ne peut se faire que sur des articulations relaxées et cet étirement nous permet, tout doucement, d’assouplir ce qui résiste, de fortifier ce qui est faible, de corriger ce qui déviait et de nous reconstruire sur l’axe cosmique. « Apprenez la sérénité du corps avant d’apprendre la sérénité de l’esprit. Quand vous luttez, le cerveau donne des à-coups. La présence de l’esprit doit s’unir à celle du corps. » B.K.S. Iyengar nous demande de travailler dans la sérénité physique, pas dans la dureté ; action juste est opposé à crispation.
C’est très difficile et cela demande beaucoup d’attention. Ne dit-il pas : « le yoga c’est la précision dans l’action » ? Mais « l’action », est-ce uniquement dans le yoga ou constamment dans la vie ? La précision ne peut se faire qu’à partir de la relaxation : « Je veux la prise de conscience dans la conscience même : là seulement est la création ». C’est dans la terminologie pour nous difficile de B.K.S. Iyengar, ce qu’on appelle couramment : faire très attention ; et là seulement commence le yoga. « Vous devez garder l’équilibre par l’intelligence du corps (instinct, sensation de l’équilibre, habileté) et non par la force. Quand on tient l’équilibre par la force, c’est une action physique, quand on le garde par la sensation (l’intelligence du corps), c’est la relaxation dans l’action. ». et il ajoute : « Pendant les postures, votre esprit doit être encore dans une conscience intériorisée qui ne veut pas dire sommeil ; cela signifie silence, vide, espace qui peut alors être rempli par une conscience aigue des sensations donnée par la posture : vous vous surveillez vous-même de l’intérieur. C’est un silence plein. » Il ne faut pas chercher le yoga dans des postures fantastiques, mais dans l’attention quotidienne de tous les instants, dans toutes les positions les plus simples de notre vie de chaque jour."
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